Totalité et Infini, une oeuvre de ruptures

Colloque International, 9 au 11 mai 2011, Paris

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Communiqué de la Société Internationale de Recherche Emmanuel Levinas

Il est désormais reconnu que Totalité et Infini est l’un des ouvrages philosophiques les plus marquants du XXe siècle. Cela tient à sa double nature. D’un côté, cet ouvrage s’inscrit résolument comme partie prenante aux débats qui traversent toute l’histoire de la pensée philosophique, particulièrement sous la forme qu’ils ont prise à notre époque. De l’autre, il introduit dans cette tradition une rupture initiale qui s’étend rapidement à d’autres domaines, bien au-delà de la seule philosophie, de sorte que l’on peut bien définir Totalité et Infini comme œuvre de ruptures selon l’intitulé de notre colloque.

La participation  au colloque est gratuite (dans la limite des places disponible) mais il est NECESSAIRE de s'inscrire en remplissant le formulaire (un formulaire par personne inscrite) : ici
Programme : Programme-TI50.pdf

Intervenants : Flora Bastiani, Benoît Chantre, Hugues Choplin, Cristian Ciocan, François Coppens, Pascal Delhom, Corinne Enaudeau, Arnaud François, Miguel Garcia Baro, Christian Godin, Georges Hansel, Joëlle Hansel, Eric Hoppenot, Malgorzata Kowalska, Robert Legros , Marie-Anne Lescourret, Nicolas Monseu, Yasuhiko Murakami, Michel Olivier, Jean-François Rey, Jean-Michel Salanskis, Jan Sokol, Jacques Taminiaux.
Lieu : 45, rue La Bruyère, Paris 9è, M° Saint-Georges, Trinité, Liège ou Blanche.

Organisation : Société Internationale de Recherches Emmanuel Levinas (SIREL) :  Eric Hoppenot, Michel Olivier.
En partenariat avec : l’Alliance Israélite Universelle, la Société Intermèdes, Philosophie Magazine.
Contact : totalinf50@gmail.com
For announcement in english :Totality and Infinity, a Work of Ruptures
Dans Ethique et Infini, Levinas rend hommage à Rosenzweig, précisant que c’est dans cette philosophie « que j’ai rencontré pour la première fois une critique radicale de la totalité. ». C’est chez Rosenzweig, ajoute-t-il, qu’il va découvrir  « une ouverture d’une toute autre voie dans la recherche du sensé. ». Cette rupture initiale, celle dont tout découle, consiste à donner à l’éthique, définie à partir de la relation à autrui et non plus comme recherche de perfection, le statut de « philosophie première », rompant ainsi avec la tradition qui depuis Aristote attribuait ce titre à la métaphysique générale et plus spécialement à l’ontologie. Cela conduit d’abord Levinas à préciser ce qu’il retient et par où il se démarque des penseurs qui l’ont précédé, Platon, Aristote, Plotin, Descartes, Leibnitz, Spinoza, Kant, Bergson, Hegel, Husserl, Heidegger, Buber, pour ne citer que les plus importants présents dans Totalité et Infini. Quittons la philosophie pure. Conséquence de son geste initial, Levinas est amené à rejeter toute forme de théologie se présentant comme dogme, comme mystique ou même comme connaissance ou recherche de connaissance sur Dieu. Les énoncés théologiques n’ont désormais de sens que relativement aux relations interhumaines. La pensée des Droits de l’homme ne se fonde plus sur l’idée d’une nature commune aux êtres humains, nature à respecter et dont il faudrait garantir l’épanouissement, mais sur « les droits de l’autre homme », sans référence à un concept commun englobant le moi et autrui. L’essence profonde du langage ne réside pas dans l’échange d’informations ni même dans sa dimension dialogale où disparaît la dissymétrie de la relation à autrui, autrui qui est un vous bien plutôt qu’un tu. Ce ne sont là que quelques exemples de ruptures, conséquences de ce que l’on peut bien appeler la « révélation  du  visage » d’autrui, pour reprendre les termes de Levinas. En réalité c’est l’ensemble des notions qui décrivent l’humain qui voient leur signification et leurs relations transformées et notamment la politique, la science, la technique, l’enseignement, l’amour.
Ce colloque, consacré à Totalité et Infini, marque le cinquantenaire de sa publication. Au-delà de l’hommage, l’enjeu de cette manifestation est d’inviter les intervenants à interroger les différentes ruptures que cette œuvre impose.

La critique comme théorie de la créativité chez Walter Benjamin

par Elise Derroitte

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“ La pensée esthétique contemporaine est, plus que tout autre champ de la philosophie, un espace incertain. Hantée par son héritage moderne, fascinée par son désir d’émancipation, elle reste dans l’indétermination de sa méthode [1]. Cette anxiété de la théorie esthétique est issue, pensons-nous, de deux déterminations historiques qui conditionnent encore sa production actuelle. Ces deux déterminations, dans ce domaine particulier, se répondent et s’enlacent. Il s’agit, d’une part, de l’introduction d’une pensée de l’histoire en philosophie par les idéalistes allemands (Fichte, Schelling et Hegel) et, d’autre part, de l’ambiguïté de son ambition de théoriser ce qui précisément échappe au concept (dont le paroxysme est atteint dans une certaine théorie romantique du génie). Ces deux legs de la pensée moderne laissent le champ de la théorie de l’art dans la perplexité. Cette double détermination vient en effet annuler réciproquement ses efforts de normaliser la pensée de l’art laissant le critique dans un non-lieu théorique qu’il doit pourtant parvenir à habiter. Alors que, contre le subjectivisme des idiosyncrasies, il veut donner un critère d’évaluation de l’art dans la nouveauté, au même moment, ce critère s’efface de lui-même face à son inadéquation à définir des pratiques toujours particulières.” (…)

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Le langage: signe, signification, objet. Questions transversales entre philosophie médiévale, phénoménologie descriptive et théorie de l'objet

Journée d'études internationale organisée en collaboration avec la chaire de philosophie médiévale de l'Université de Genève. – Lille III, lundi 28 mars, à partir de 10h à la Maison de la Recherche, salle 008.

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Les points de contacts entre la philosophie médiévale et la philosophie dite « autrichienne » – i.e. la tradition issue de Bolzano et Brentano qui culmine dans la phénoménologie husserlienne et dans la théorie de l’objet de Meinong – sont à la fois nombreux et peu étudiés. Deux facteurs fondamentaux sont à prendre en considération pour expliquer ce double constat : d’une part, les protagonistes de cette tradition, souvent formés au sein de filières remontant directement à la scolastique tardive, assoient le renouveau de la philosophie post‐idéaliste sur des bases éminemment aristotéliciennes ; de l’autre, guidée par le besoin légitime de mettre à jour ses propres racines, l’historiographie contemporaine s’est concentrée sur la postérité de la tradition brentanienne plutôt que sur ses sources antiques et médiévales. La présente journée d’étude se propose de dégager sept lieux de convergence remarquable entre traditions médiévale et autrichienne en utilisant la question du langage en tant que fil conducteur.

> programme détaillé

Dissidences. Jalons dans l’œuvre de Leszek Kolakowski, 1927-2009

Journée d’études le Samedi 02 avril 2011 à Paris

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La réception et l’étude de l’œuvre du philosophe et historien polonais Leszek Kolakowski sont fragmentées, comme peut sembler l'avoir été le destin de ce penseur. Actif en Pologne dès les années 1950 (ses premiers travaux portent sur Spinoza), auteur d’une vaste Histoire du Marxisme (1976) qui ne sera partiellement traduite en langue française qu’en 1987, et d’une fresque sur les dissidences chrétiennes au XVIIe siècle, Chrétiens sans Église (tr. 1969), par laquelle il est d’abord et surtout connu, il quitte ensuite son pays pour l’Europe occidentale et les États-Unis d’Amérique. Son travail s’oriente alors vers l’histoire du jansénisme et vers une exégèse interne de cette composante du discours catholique moderne.

Comment une pensée mûrie dans le dialogue conflictuel mais continu du catholicisme et du marxisme dans la Pologne d’après-guerre a-t-elle pu progressivement prendre pied dans un autre dialogue, celui des « jésuites modernistes » et des « jansénistes réactionnaires » (selon les termes de l’avant-propos de Dieu ne nous doit rien, en 1995), semblant considérer l’espace de ce dialogue comme « l’horizon indépassable de notre temps », ainsi que Sartre qualifia le marxisme dans les années 1950 ? Comment comprendre la régressivité historique d’une pensée qui ne cesse cependant d’arpenter, dans chacune des époques qu’elle habite, un archipel de dissidences ? C’est à cette question que l’on tentera de répondre en sollicitant autour de cette œuvre des spécialistes de la pensée marxiste et de l’histoire intellectuelle et religieuse de l’époque moderne.

Journée organisée par Alain Cantillon (Paris 3), Pierre Antoine Fabre (EHESS-CRH), Sophie Houdard (Paris 3) et Cécile Soudan (CNRS-CRH), avec le soutien des équipes de recherche de l’EA 174 « Formes et idées de la Renaissance aux Lumières » (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3) et du Centre de Recherches Historiques (UMR 8558 CNRS-EHESS) (groupes Care - Centre d’anthropologie religieuse européenne et Grihl - Groupe de recherches interdisciplinaires sur l’histoire du littéraire) 

Programme

9h : Accueil des participants et introduction (Alain Cantillon, Pierre Antoine Fabre, Sophie Houdard)

  • 9h30 : Alain Cantillon (Paris 3/Grihl) : « Blaise Pascal hérétique »
  • 9h50 : Jean-Pierre Cavaillé (EHESS/CRH-Grihl) : « La question de la déconfessionnalisation dans Chrétiens sans Église »

10h10 : discussion

10h30 : Pause

  • 11h : Xenia Von Tippelskirch (Ruhruniversität Bochum / Grihl) : « L'échec d'une prophétesse : l'exemple d'Antoinette Bourignon dans Chrétiens sans Église »
  • 11h 20 : Pierre Antoine Fabre (EHESS/CRH-Care) : « Kolakowski lecteur de Labadie dans Chrétiens sans église »
  • 11h40 : Jacques Le Brun (EPHE) : « Une interprétation ? Angelus Silesius selon Kolakowski »

12h-12h30 : discussion

12h45-14h15 : Déjeuner

  • 14h30 : Sophie Houdard (Paris 3/Grihl) et Dinah Ribard (EHESS/CRH-Grihl) : « Leszek Kolakoswki / Jean Séguy : penser l’Église »
  • 15h : François Trémolières (Paris Ouest Nanterre La Défense) : « La philosophie positiviste (1966), tr. fr. 1976, par Claire Brendel »

15h20-15h30 : discussion

15h 30 : Benjamin Fabre : « Le marxisme et après ? »

16h : Discussion et courte pause

16h15-17h30 : Table ronde introduite par Kristof Pomian (CNRS) et Frédérique Matonti (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Maison de la recherche de l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
4 rue des Irlandais
75005 Paris
(métro Luxembourg)
Contacts :
sophiehoudard@wanadoo.fr
csoudan@ehess.fr

L’injustice sociale – intégration, exclusion, domination. Quelles voies pour la critique ?

9-30 mars 2011, Salle Dussane, 45 rue d’Ulm 75005 Paris - Colloque organisé par le Département de Philosophie.

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Mardi 29/03/2011

9.00 : Ouverture du colloque par le directeur du département de philosophie de l’ENS, Claude Debru

Président de la séance : Axel Honneth

9.30 : Etienne Balibar : Justice et égalité : un dilemme politique ? 

10.45 : Robert Castel : Le droit social : garant de justice sociale

12.00 : Pause

Président de la séance : Jacques-Olivier Bégot

13.30 : Pierre-Noël Giraud : Globalisation et inégalités économiques

14.45 : Bertrand Ogilvie : L’exclusion n’est-elle qu’une injustice ?

16.00 : Pause

Président de la séance : Jean-Claude Monod

16.30 : Bruno Karsenti : Reconnaissance et identification

17.45 : Alain Ehrenberg : La notion de pathologie sociale : un exercice de clarification.

19.00 : Fin du colloque et dîner

Mercredi 30/03/2011

Président de la séance : Etienne Balibar

9.30 : Luc Boltanski : Inégalités et classes sociales. Quelles entités pour quelles sociologies ?

10.45 : Axel Honneth : The texture of justice

12.30 : fin du colloque et déjeuner

Rencontre avec Denis Guénoun : “Qu’est-ce que le temps ?”

Dans le cadre des Rencontres philosophiques [2010 – 2011]
Penser la scène / les scènes de la pensée

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Dans le Livre XI des Confessions, Augustin pose une question à la fois simple et vertigineuse : « Qu’est-ce que le temps ? » Il ajoute, dans une formule passée à la postérité : « Si personne ne me le demande, je sais. Si on me le demande et que je veux l'expliquer, je ne sais plus. » Ces pages, à la fois claires et profondes, fournissent une étonnante matière pour une expérience théâtrale. Il s’agit en effet, à la fois d’accompagner le penseur dans sa réflexion, et en même temps de donner corps à celle-ci, de ne jamais lâcher le parti-pris de la diction et de la vision les plus concrètes.
Le spectacle est construit sur une "dramaturgie de la pensée" : l’acteur cherche pour chaque énoncé la présence scénique la plus claire, et aussi à passer d’une idée à l’autre, non pas seulement par une déduction mentale, mais par une sorte de chemin physique. On s’appuie pour cela sur la forme très particulière du texte d’Augustin, sans cesse adressé à un interlocuteur exigeant et attentif qui se situe à la fois hors de lui et en lui-même. Le texte est interprété dans la toute récente traduction de l’écrivain Frédéric Boyer sous le titre "Les Aveux" (P.O.L., 2007).

Denis Guénoun est professeur à l’université Paris-Sorbonne, tout en ayant été a été comédien, metteur en scène, puis directeur du Centre Dramatique National de Reims. Auteur de textes de théâtre, parmi lesquels Lettre au directeur du théâtre (Cahiers de l’Egaré 1996), Monsieur Ruisseau (Circé 1997), Scène (Comp’Act 2000) Tout ce que je dis (Cahiers de l’Egaré, 2007) ; de divers essais, dont Le Théâtre est-il nécessaire ? (Circé 1997), L'Exhibition des mots (Circé 1998), Hypothèses sur l’Europe (Circé 2000), Après la révolution (Belin 2003), Actions et acteurs (Belin 2005), Livraison et délivrance (Belin, 2009); et d’un récit : Un sémite (Circé 2003). Parmi ses dernières mises en scène : Le Banquet de Platon, au Conservatoire (journées de juin 2008), L’Augmentation, de Georges Perec, en chinois à Shanghai (mai-août 2010) et Artaud-Barrault au Théâtre Marigny (octobre 2010). Il est par ailleurs directeur des collections « Expériences philosophiques » aux Editions des Solitaires Intempestifs, et de « Théâtre et philosophie » aux Presses de l’Université Paris-Sorbonne.

Rencontres philosophiques [2010 – 2011]
Penser la scène / les scènes de la pensée

Emmanuel Alloa invite Jean-Luc Nancy, Matthieu Potte-Bonneville, Denis Guenoun et Étienne Balibar pour un dialogue sur leur rapport à la scène. Avec la complicité du public et dans l’esprit d’un échange véritable, il s’agit de réfléchir aujourd’hui sur les lieux où se façonne du commun, sur les scènes de l’évidence où émerge ce qui ne va pourtant pas de soi. Interroger, en somme, comment le théâtre peut être un laboratoire de formes encore à venir et se faire l’arène, virtuelle, de ce qui ne requiert pas nécessairement un passage à l’acte.

> réserver

La Question de la logique dans l’idéalisme allemand

Colloque du 7 au 9 avril 2011 à l'Université Libre de Bruxelles, organisé par Guillaume Lejeune (ULB, FNRS), Marc Maesschalck (UCL, FUSL), Marc Peeters (ULB).

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Jeudi 7 avril :

10.00 : Introduction/Einleitung.

10.30 :  Marc Peeters (ULB) : Logique et M

étaphysique chez Kant.

11.15 : Kaffeepause

11. 30 : Guillaume Lejeune (ULB): Logique et 

Métacritique.

12.15 : Alessandro Bertinetto (Udine) : The 

role of image in Fichte’s transcendental logic 

13.00 : Mittagessen

14.30 : Elena Ficara (TU-Berlin) Contradictions 

and the foundation of Logic in German 

Idealism.

15.15 : Andrea Bellantone (Messina) : La 

révolution idéaliste : le primat logique du pratique

Vendredi 8 avril

9.45 : Christian Berner (Lille III): Friedrich Schlegel et l’insurrection logique.

10.30 : Kaffeepause

10.45 : Andreas Arndt (HU-Berlin) : Die Logik in Schleiermachers „Dialektik“.

11.30 : Charles Théret (Paris IV) : Les différentes stratégies adoptées par Schelling eu égard à la logique formelle.

12.15 : Mittagessen

13.45 : Jean-Christophe Lemaitre (Toulouse) : La fonction ontologique de la forme logique du jugement infini dans les premiers écrits de Schelling.

14.30 : Lu De Vos (KU-Leuven) : Was ist logisch an Hegels Wissenschaft der Logik ?

15.15 : Volker Peckhaus (Paderborn) Logik und Metaphysik bei Adolph Trendelenburg.

18.30 : Stadtführung/visite du centre.

Samedi 9 avril

9.00 : Jean-Marie Lardic (Nantes) : Logique du sujet et dialectique actionnelle chez Hegel.

9.45 : Cristiana Senigaglia (Trieste/München): Erfahrungen des Widerspruchs : Logische Ansätze in Hegels Phänomenologie des Bewusstseins.

10.30 pause

10.45 : Gilles Marmasse (Paris IV) : Hegel et la question de la substance.

11.30 : Bernard Mabille (Poitiers) : Dasein et tode ti.

12.15 : pause de midi

13.45 : Claire Pagès (Paris X): Logique et critique des mathématiques chez Hegel.

14.30 : Elodie Djordjevic (Paris I) : La logique de l’action chez Hegel.

15.15 : Jean-Michel Pouzin (Troyes) : L’hypothèse de la relecture hégélienne de la réflexion logique kantienne.

Comité scientifique : Christoph Asmuth (TU-Berlin), Bernard Mabille (Poitiers), Marc Maesschalck (UCL, FUSL)

Marc Peeters (ULB), Jean-Renaud Seba (ULG)

Colloque organisé dans le cadre de l’ED1 philosophie, du centre de recherches en philosophie (PHI) et du groupe de recherches en ontologie formelle et logique développementale.

Ouvert à tous.

Contact : glejeune@ulb.ac.be

Workshop “Hegel et la Politique/Hegel and Politics”

le 6 mai 2011 à l'Université Libre de Bruxelles.

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10h.  Andy Wong Tai Tak (Université de Liège):  Hegel on Family and Politics.

11h. Margherita Tonon  (Katholieke Universiteit Leuven) : A Hegelian Cure to Modernity’s Malaise in Kierkegaard?

13h 30 Louis Carré (Université Libre de Bruxelles) : Quel el est l' "en soi" de la constitution ? État, constitution et esprit d'un peuple chez Hegel. 

14h 30 Julien Herla (Université de Liège) : Hegel est-il un penseur libéral ?

15h 30 Guillaume Lejeune  (Université  Libre de  Bruxelles) :  Langage et politique chez Hegel.

16h 30 Quentin Person  (Facultés  Universitaires  Saint-Louis  / Université 

Catholique de Louvain-la-Neuve) : Reconnaissance et dessaisissement de soi à Iéna. 

Comité scientifique :

Paul Cruysberghs (Katholieke Universiteit Leuven)

Jean-Marc Ferry (Université Libre de Bruxelles)

Renseignements: glejeune@ulb.ac.be

Colloque : figures du Messie

En partenariat avec l’Association Recherches Mimétiques (www.arm.asso.fr) et la fondation Imitatio, le Théâtre du Châtelet organise, le 15 mars de 9h30 à 18h, un colloque où le public est invité à venir suivre un parcours historique, théologique, musicologique et poétique sur le thème Figures du Messie.

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Que signifie le fait de donner à Paris une mise en scène de cet oratorio ? Quelle est, plus largement, l’actualité du Messie et de ce qu’il est convenu d’appeler le messianisme ? Cette tradition survit-elle à l’échec des messianismes politiques, ces tentatives malheureuses de réaliser ici-bas le Royaume ?

Programme

9h30 - 10h : Introduction de Jean-Luc Choplin et Benoit Chantre

  • Benoît Chantre est éditeur, fellow de la fondation Imitatio (Stanford) et président de l’Association Recherches Mimétiques aux côtés de René Girard. Boursier du Centre national des lettres en 1988, il a écrit plusieurs livres d’entretiens (Achever Clausewitz avec René Girard ; Le Choix de Pascal, avec Jacques Julliard ; La Divine Comédie, avec Philippe Sollers), publié des articles sur Bergson, Girard, Levinas, Péguy ou Simone Weil et collaboré à diverses revues.

10h - 11h : Prêtre, prophète et roi : le messianisme juif

Avec Dan Arbib et Marc Buhot de Launay.

  • Dan Arbib, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, est agrégé de philosophie et spécialiste de Descartes auquel il consacre actuellement sa thèse. Co-directeur de l'édition complète des œuvres d’Emmanuel Levinas aux Editions Grasset, il enseigne la philosophie à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV).
  • Marc Buhot de Launay est chercheur au CNRS en philosophie (Archives Husserl - ENS-Ulm), et traducteur de philosophie allemande. Ses domaines de recherche touchent essentiellement à la philosophie allemande post-kantienne : Nietzsche, les différents courants du néokantisme, l’école de Marbourg, l’école de Bade ¬ les théories de l'herméneutique depuis Schleiermacher, les judaïsmes allemands au tournant du XIXe siècle, et l'herméneutique biblique.

Avec Bernard Sichère et Frédéric Worms.

11h - 12h : Une messianité sans messianisme ?

  • Bernard Sichère est romancier et philosophe. Enseignant à l’université Paris VII-Denis Diderot, il a collaboré à des revues comme Tel Quel, L’Infini, Les Temps Modernes, La Règle du jeu, Esprit. Outre des ouvrages consacrés à la pensée de Merleau-Ponty, de Lacan, au théâtre de Shakespeare, son œuvre est constituée également de livres proposant une méditation de la pensée de l’être issue à la fois de Heidegger et de la révélation chrétienne, parmi lesquels Catholique (2005) et L’Etre et le divin (2008).
  • Frédéric Worms est professeur d’histoire de la philosophie contemporaine à l’université de Lille III et directeur du Centre international d’études de la philosophie française contemporaine à l’ENS-Rue d’Ulm. Spécialiste reconnu de l'œuvre de Bergson, il dirige les Annales bergsoniennes et la première édition critique de Bergson aux Presses universitaires de France. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages, dont La Philosophie en France au XXe siècle. Moments (2009) ou Le Moment du soin. A quoi tenons-nous ? (2010).
12h - 13h : Le Messie aujourd’hui

Avec Vincent Delecroix et Michel Serres

  • Vincent Delecroix est romancier et philosophe. Spécialiste de Kierkegaard, auquel il a consacré deux livres (Exercice en christianisme et Singulière philosophie, 2006), il enseigne la philosophie de la religion à l’Ecole pratique des hautes études. Il a écrit plusieurs romans : A la porte (2004), Ce qui est perdu (2006), La Chaussure sur le toit (2007) et un essai, Tombeau d’Achille (2008) qui lui ont valu en 2009 le Grand prix de littérature de l’Académie française.
  • Michel Serres est écrivain et philosophe. Penseur au parcours atypique, qui le conduit de l’Ecole navale à l’Académie française, en passant par la Sorbonne et l’université Stanford où il enseigne aujourd’hui, il est l’auteur de plus de trente ouvrages, qui touchent tant à l’histoire des sciences et des idées qu’à la littérature ou à la musique. On peut citer : Le Système de Leibniz et ses modèles mathématiques (1968), Hermès I, II, III, IV et V (1969, 1972, 1974, 1977, 1980), Esthétiques sur Carpaccio (1975), Le Parasite (1980), Rome. Le Livre des fondations (1983), Le Contrat naturel (1990), Hominescence (2001), Rameaux (2004), La Guerre mondiale (2008).

14h30 - 15h30 : Le Messie de Haendel aujourd’hui

Avec Gilles Cantagrel et Jean-François Zygel.

  • Gilles Cantagrel est écrivain et musicologue. Ancien directeur de France Musique, où il anime aujourd'hui plusieurs émissions, il est un spécialiste reconnu de Bach auquel il a consacré plusieurs ouvrages dont récemment, Passion Bach (2000) ou La Rencontre de Lübeck (2003). Ancien maître de conférences à la Sorbonne, il intervient au Conservatoire national supérieur de Paris et dans différents conservatoires et universités en France et au Québec.

15h30 - 16h30 : Voix messianiques

Avec Florence Delay, Sylvie Germain et Jean-Claude Guillebaud

  • Florence Delay a écrit des romans, des essais, et en collaboration avec Jacques Roubaud Graal Théâtre. Agrégée d’espagnol, elle a enseigné la littérature générale et comparée à Paris III Sorbonne-Nouvelle. Elle est l’auteur notamment de Riche et légère (prix Femina, 1983), Dit Nerval (grand prix du roman de la Ville de Paris, 1999) et Trois désobéissances (Gallimard, 2004). Son dernier essai, Mon Espagne Or et Ciel est paru aux Editions Hermann en 2008. Elle a été élue à l’Académie française en 2000.
  • Sylvie Germain est romancière. Après des études de philosophie à la Sorbonne - où elle reçoit, entre autres, l'enseignement d'Emmanuel Levinas -, elle entre au ministère de la culture en 1981, et écrit des contes et des nouvelles. Son premier roman, Le Livre des nuits, est publié en 1984. Entre 1986 et 1992, elle s'installe à Prague où elle enseigne la philosophie. Jours de colère, reçoit le prix Femina en 1989 et Magnus le Prix Goncourt des lycéens en 2005.
  • Jean-Claude Guillebaud a d'abord été journaliste, grand reporter à Sud-Ouest, au Monde puis au Nouvel Observateur, et lauréat du prix Albert Londres en 1972. Il a été directeur littéraire au Seuil pendant plus de trente ans, cofondateur de la maison Arléa et, désormais directeur littéraire aux Arènes et à l'Iconoclaste. En 1995, il a entamé un cycle d'essais, Enquêtes sur le désarroi contemporain, dont le dernier volume, La Vie vivante, vient de paraître aux Editions des Arènes.

16h30 - 18h : Haendel, Girard et les robots

Avec Paul Dumouchel et Oleg Kulik.

Paul Dumouchel est professeur à l’université Risumeikan de Kyoto (Japon). Il a publié de très nombreux articles, mais aussi plusieurs ouvrages, dont : L'Enfer des choses. René Girard et la logique de l'économie (avec Jean-Pierre Dupuy, 1979), Émotions. Essai sur le corps et le social (1995) et tout récemment Le Sacrifice inutile. Essai sur la violence politique.

> pour s’inscrire

Colloque international : Rencontrer l’imprévisible

6 et 7 juillet 2011 - Université de Toulouse 2 – Le Mirail

Les nouvelles traductions

Le projet de traduction en langue russe de textes issus de la phénoménologie française du XXe siècle est proposé à l’initiative du Master Erasmus Mundus-EuroPhilosophie. A travers ce travail s’exprime la volonté de formaliser les échanges internationaux déjà à l’oeuvre dans ce programme au cours duquel étudiants et professeurs du monde entier peuvent partager leurs approches de la philosophie.

L’enjeu de ce projet est la traduction en langue russe de recherches dont une des tendances communes est la problématisation et la radicalisation de la méthode phénoménologique. L’anthologie devrait réunir un choix de textes significatifs d’Emmanuel Levinas, Michel Henry, Jean-Luc Marion et Henry Maldiney. Le but est de présenter au lecteur russe la diversité des recherches phénoménologiques de la deuxième moitié du XXème siècle en France. Il est à noter que plusieurs ouvrages de Levinas sont parus en russe au cours des dernières décennies, ainsi que deux livres de J.-L. Marion en 2010. En revanche, aucun texte de M. Henry ni de H. Maldiney n’est traduit. Pourtant l’intérêt de la société philosophique en Russie pour les recherches françaises contemporaines s’accroît sans cesse : de nombreuses publications, ainsi que les conférences et les recherches internationales en témoignent.

Une signification particulière est donnée à la traduction russe des textes d’Emmanuel Levinas puisqu’il s’agit de sa langue natale. S’il a rédigé tous ses textes en français, son interprétation de la phénoménologie et son développement de l’éthique reposent en partie sur sa culture russe, comme le montrent les constants renvois aux grands textes de la littérature qui côtoient les références aux sources hébraïques. Ainsi la traduction de sa pensée en russe apparaît comme un retour dans cette même culture qui s’est trouvée à son origine. Le projet de collaboration franco-russe, bien plus qu’une simple promotion de la phénoménologie française à l’étranger, permet de relire ces textes dans leurs différentes dimensions culturelles et d’y trouver de nouvelles pistes pour la recherche. En engageant sa traduction, dans un échange où peuvent se réentendre l’accent et la scansion si particuliers de la parole de Levinas, la diffusion de la phénoménologie pourrait bien être dépassée par la réflexion ellemême. Ainsi ce projet de traduction appelle-t-il à une interrogation de la langue dans de nouveaux horizons.

La perspective de publication conjointe des traductions et des travaux des spécialistes russes et français développant les problèmes posés par la phénoménologie française permettra à ce projet de dépasser le cadre de l’histoire de la philosophie. La traduction et les échanges proposés dans le cadre du colloque ont pour but de se compléter : à travers le rapport avec le texte, de nouvelles perspectives de compréhension se dégageant et, réciproquement, les discussions révélant de nouvelles dimensions textuelles.

Le colloque

Les rencontres que nous proposons sur le thème « Retrouver un sens nouveau : rencontrer l’imprévisible », ont pour but d’ouvrir une réflexion sur le rapport à l’inconnu à partir des textes issus de la phénoménologie française, principalement de Levinas, Henry, Marion et Maldiney.

S’agit-il de rencontre ou de retrouvaille ? La relation avec l’extérieur se trouve au coeur de ce courant de la phénoménologie. Cette tension entre l’intériorité et l’extériorité est l’endroit d’une mise en question de l’épreuve de la subjectivité. Où situer la relation avec l’autre dans le processus de formation du sujet ? Où commence l’extériorité ? Dans quel sens la limitation du moi permet-t-elle la possibilité d’être excédé par l’autre ? Quelle est la place de l’affectivité dans la vie subjective et que signifie l’accent mis sur la passivité du sujet ?

Ces questions se posent dans toute leur radicalité chez Levinas, Henry, Marion et Maldiney : la rencontre avec autrui suscite la réflexion sur la position du sujet. Déplacer la problématique de la conscience, de l’intentionnalité et de la signification sur le plan de l’existence, sans réduire la vie du sujet à la pensée comprise comme intellection constitue leur point de départ commun. La question du surgissement d’un sens nouveau rejoint la mise en jeu de la dimension affective d’où la volonté de penser les tensions qui animent la possibilité d’accueillir ce qui diffère. Mais comment recevoir l’imprévisible ? Où chercher un sens nouveau ? Et comment penser l’inconnu ?

Avec l’intention de croiser les lectures de Levinas, Henry, Marion et Maldiney, ce colloque tend à reprendre les analyses phénoménologiques de l’altérité mais pour dépasser l’approche classique, en se penchant particulièrement sur la question du sens et sur le rapport entre vie subjective et vie sociale. La rencontre entre spécialistes de différents horizons pourrait permettre d’explorer des perspectives et des interprétations nouvelles. En même temps, c’est en revenant à la lecture des textes que des pistes de travail originales pourront être frayées.

Les discussions ouvertes lors de ce colloque serviront de départ au projet de traduction afin de constituer un ensemble de réflexions qui se répondent dans un dialogue vivant. Ce colloque tend à créer une dynamique de réflexion dans laquelle différentes approches s’entrecroisent : ces rencontres laisseront une part importante à la discussion pour permettre des échanges à la fois féconds et approfondis.

Comité d’organisation : Flora Bastiani, Jean-Christophe Goddard et Svetlana Sholokhova.

Avec le soutien de : ERRAPHIS / Master Erasmus Mundus EuroPhilosophie / Commission Européenne / Université de Toulouse le Mirail / Université des Sciences humaines d’Etat de Russie / SIREL

Contact : colloque.toulouse.2011@gmail.com

Edouard Glissant «Plus grand écrivain francophone» (Entretien avec Alexandre Leupin)

Par Pierre-Francois Besson, swissinfo.ch

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Mort le 3 février dernier, l'écrivain martiniquais avait sorti un ouvrage avec le Genevois Alexandre Leupin, professeur au département d’études françaises de l’Université d’Etat de Louisiane à Baton Rouge. Ce dernier évoque son ami mais aussi le «penseur mondial».

Intellectuel de grand format, Alexandre Leupin est un spécialiste de la littérature médiévale, de la critique et la théorie littéraire, de la psychanalyse et l’épistémologie. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et publications. Dont «Les entretiens de Baton Rouge», avec Edouard Glissant (Gallimard, 2008).

swissinfo.ch: Quelle était votre relation avec Edouard Glissant?

Alexandre Leupin: Avant tout, celle d’un ami, qui aimait sa drôlerie, sa profondeur, sa présence humaine, ses fulgurances. Pendant quatre ans, nous fûmes collègues à mon université. Nous jouions au billard, et, pour déconcerter mon jeu, il récitait des passages entiers de La légende des siècles tout en ajustant sa prochaine frappe – il m’a fait aimer et comprendre Victor Hugo.
Je me rappelle ces années de contact comme d’une étendue lumineuse dans ma vie. À la Noël 1989, nous visitâmes la Martinique, qu’il déchiffra symboliquement à notre usage. Ce fut une révélation que j’aurais dû consigner par écrit. Je me rappelle aussi la patience et la gentillesse qu’il déploya pour conseiller  un auteur débutant, fort intimidé, lors d’un mémorable méchoui au Diamant.
Quand il nous quitta pour aller enseigner à New York, ce fut pour moi une grande perte, que sa mort récente irrémédiablement répète. Mais les défunts continuent à vivre intensément en nous, et non pas seulement par leur œuvre.
En bref, je lui dois sans doute, outre les lectures attentives et suggestives de mes manuscrits d’alors, outre l’idée séminale de ma revue, une dette fondamentale: l’ouverture de mon monde de critique textuelle, littéraire et universitaire sur la respiration de l’univers et du réel. Dialoguer avec Édouard Glissant, c’est un privilège qui comble. “ (…)

> lire la suite

> sur Alexandre Leupin

Devenir mineur : le renversement de l'appel kantien

Diogo SARDINHA - Séminaire NoSoPhi/Collège international de philosophie

Si la libération est la sortie d'un état d'oppression, l'émancipation est la sortie d'un état de minorité. De ce point de vue, la liberté et l'émancipation se distinguent, comme le montre Kant lorsqu'il écrit que pour parvenir à la seconde, rien d'autre n'est requis que la première. On pourrait croire ainsi que la condition de possibilité de l'émancipation ne se confond pas avec l'émancipation elle-même.
Or, une partie de la modernité s'est attachée à compliquer le rapport entre ces termes, et on pourrait même dire que le XXe siècle français y a joué un rôle original. On le remarque à la lecture de Sartre et de son livre sur Baudelaire : en prétendant rester dans l'enfance, le poète aurait préféré se placer sous la tutelle des autres, prétend Sartre. Pourtant, contre l'idée d'un mineur qui ne serait pas libre, Bataille rétorque que l'enfant seul est libre, dans la mesure où il n'instaure pas les obligations auxquelles il devra se plier par la suite. Cette tension se prolonge jusque dans les travaux de Foucault et de Deleuze. Le premier reprend Baudelaire par une voie éthique qui lui permet de prendre ses distances par rapport à Sartre et à Bataille. À son tour, Deleuze, seul ou avec Guattari, pousse encore plus loin la puissance de la minorité. En faisant cela, il renverse, peut-être de manière définitive, l'appel kantien à devenir majeur.
C'est donc au croisement de la philosophie et de la littérature qu'on fera l'histoire de ce renversement. À l'horizon de ce travail reste la question non pas du rôle de l'homme dans l'histoire, mais celle du rôle de chacun d'entre nous dans la vie avec soi-même et avec les autres.

Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Salle JA01, 18h30-20h30, Mer 9 mars, Mer 23 mars, Mer 30 mars, Mer 6 avril

La vérité à l’aube de la modernité, entre secret et tromperie, par Jean-Pierre Cavaillé

Dans le cadre du séminaire à l’EHESS “Passions, vertus et intérêts (I) : conditions d'une éthique de la vérité”

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Horaires et présentation du séminaire

2e et 4e jeudis du mois de 15 h à 17 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 25 novembre 2010 au 9 juin 2011. La séance du 24 février est annulée.

Nous nous interrogerons dans ce séminaire sur la nécessité, les conditions et les limites d'une « éthique de la vérité », c'est-à-dire d'une démarche, indissociablement intellectuelle et morale qui, loin d'être seulement une exigence déontologique, puise sa source dans le désir. Question d'autant plus cruciale qu'elle se pose dans un contexte structuré par la logique de l'intérêt, où le calcul individuel des avantages, par définition limités, finit par absorber les passions et les vertus, y compris cet « amour ardent du vrai » dont parlait Tocqueville dans la Démocratie en Amérique, irréductible à toute exigence d'utilité.

Calendirer

10 mars : « La vérité à l’aube de la modernité, entre secret et tromperie » par Jean-Pierre Cavaillé

24 mars : « ‘L’éloge de la sincérité’ de Montesquieu » par Diego Vernazza

28 avril : « Leo Strauss et la question de la vérité en démocratie » par Pierre Manent

12 mai : « Le masque honnête de la charité chez Pascal et Nicole. » par Christophe Litwin

26 mai : « ‘Cette sainte prostitution de l’âme qui se donne tout entière, charité et poésie… ‘(1) : le masque malhonnête de la charité (Baudelaire et Benjamin). » par Christophe Litwin

9 juin : « ‘Cette sainte prostitution de l’âme qui se donne tout entière, charité et poésie…’ (2) : vers le poème en prose. Lecture de ‘A une mendiante rousse’ de Baudelaire.’ par Christophe Litwin

http://www.ehess.fr/fr/

Eduquer au XXIe siècle : “Petite Poucette”, par Michel Serres

Le mardi 1er mars 2011, s'est tenue, sous la Coupole, en présence de M. Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative, une séance solennelle inter-académique présidée par M. Gabriel de Broglie, chancelier de l'Institut, sur le thème : Les nouveaux défis de l'éducation.

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“Avant d'enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd'hui, à l'école, au collège, au lycée, à l'université ?

Ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n'a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, travaillaient au labour et à la pâture ; en 2011, la France, comme les pays analogues, ne compte plus qu'un pour cent de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus fortes ruptures de l'histoire, depuis le néolithique. Jadis référée aux pratiques géorgiques, la culture, soudain, changea. Celle ou celui que je vous présente ne vit plus en compagnie des vivants, n'habite plus la même Terre, n'a plus le même rapport au monde. Elle ou il n'admire qu'une nature arcadienne, celle du loisir ou du tourisme.

- Il habite la ville. Ses prédécesseurs immédiats, pour plus de la moitié, hantaient les champs. Mais, devenu sensible à l'environnement, il polluera moins, prudent et respectueux, que nous autres, adultes inconscients et narcisses. Il n'a plus la même vie physique, ni le même monde en nombre, la démographie ayant soudain bondi vers sept milliards d'humains ; il habite un monde plein.

- Son espérance de vie va vers quatre-vingts ans. Le jour de leur mariage, ses arrière-grands-parents s'étaient juré fidélité pour une décennie à peine. Qu'il et elle envisagent de vivre ensemble, vont-ils jurer de même pour soixante-cinq ans ? Leurs parents héritèrent vers la trentaine, ils attendront la vieillesse pour recevoir ce legs. Ils ne connaissent plus les mêmes âges, ni le même mariage ni la même transmission de biens. Partant pour la guerre, fleur au fusil, leurs parents offraient à la patrie une espérance de vie brève ; y courront-ils, de même, avec, devant eux, la promesse de six décennies ?

- Depuis soixante ans, intervalle unique dans notre histoire, il et elle n'ont jamais connu de guerre, ni bientôt leurs dirigeants ni leurs enseignants. Bénéficiant d ‘une médecine enfin efficace et, en pharmacie, d'antalgiques et d'anesthésiques, ils ont moins souffert, statistiquement parlant, que leurs prédécesseurs. Ont-ils eu faim ? Or, religieuse ou laïque, toute morale se résumait en des exercices destinés à supporter une douleur inévitable et quotidienne : maladies, famine, cruauté du monde. Ils n'ont plus le même corps ni la même conduite ; aucun adulte ne sut leur inspirer une morale adaptée.

- Alors que leurs parents furent conçus à l'aveuglette, leur naissance est programmée. Comme, pour le premier enfant, l'âge moyen de la mère a progressé de dix à quinze ans, les parents d'élèves ont changé de génération. Pour plus de la moitié, ces parents ont divorcé. Ils n'ont plus la même généalogie.

- Alors que leurs prédécesseurs se réunissaient dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d'un collectif où se côtoyent désormais plusieurs religions, langues, provenances et mœurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est de règle. Pendant combien de temps pourront-ils encore chanter l'ignoble "sang impur" de quelque étranger ? Ils n'ont plus le même monde mondial, ils n'ont plus le même monde humain. Mais autour d'eux, les filles et les fils d'immigrés, venus de pays moins riches, ont vécu des expériences vitales inverses.

Bilan temporaire. Quelle littérature, quelle histoire comprendront-ils, heureux, sans avoir vécu la rusticité, les bêtes domestiques, la moisson d'été, dix conflits, cimetières, blessés, affamés, patrie, drapeau sanglant, monuments aux morts, sans avoir expérimenté dans la souffrance, l'urgence vitale d'une morale ?

VOILÀ POUR LE CORPS ; VOICI POUR LA CONNAISSANCE

- Leurs ancêtres fondaient leur culture sur un horizon temporel de quelques milliers d'années, ornées par l'Antiquité gréco-latine, la Bible juive, quelques tablettes cunéiformes, une préhistoire courte. Milliardaire désormais, leur horizon temporel remonte à la barrière de Planck, passe par l'accrétion de la planète, l'évolution des espèces, une paléo-anthropologie millionnaire. N'habitant plus le même temps, ils vivent une toute autre histoire.

- Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d'attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est "mort" et l'image la plus représentée celle de cadavres. Dès l'âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres.

- Ils sont formatés par la publicité ; comment peut-on leur apprendre que le mot relais, en français s'écrit "- ais", alors qu'il est affiché dans toutes les gares "- ay" ? Comment peut-on leur apprendre le système métrique, quand, le plus bêtement du monde, la SNCF leur fourgue des "s'miles" ?

Nous, adultes, avons doublé notre société du spectacle d'une société pédagogique dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l'école et l'université. Pour le temps d'écoute et de vision, la séduction et l'importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d'enseignement.

Critiqués, méprisés, vilipendés, puisque pauvres et discrets, même s'ils détiennent le record mondial des prix Nobel récents et des médailles Fields par rapport au nombre de la population, nos enseignants sont devenus les moins entendus de ces instituteurs dominants, riches et bruyants.

Ces enfants habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l'usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n'excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l'usage du livre, de l'ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois.

Ils ne connaissent ni n'intègrent ni ne synthétisent comme nous, leurs ascendants. Ils n'ont plus la même tête.

- Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la toile, à tout le savoir ; ils hantent donc un espace topologique de voisinages, alors que nous habitions un espace métrique, référé par des distances. Ils n'habitent plus le même espace.

Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années soixante-dix. Il ou elle n'a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n'habite plus le même espace. Né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus, sous soins palliatifs, la même mort. N'ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement.

- Il ou elle écrit autrement. Pour l'observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo.

- Ils ne parlent plus la même langue. Depuis Richelieu, l'Académie française publie, à peu près tous les vingt ans, pour référence, le dictionnaire de la nôtre. Aux siècles précédents, la différence entre deux publications s'établissait autour de quatre à cinq mille mots, chiffres à peu près constants ; entre la précédente et la prochaine, elle sera d'environ trente mille. A ce rythme, on peut deviner qu'assez vite, nos successeurs pourraient se trouver, demain, aussi séparés de notre langue que nous le sommes, aujourd'hui, de l'ancien français pratiqué par Chrétien de Troyes ou Joinville. Ce gradient donne une indication quasi photographique des changements que je décris. Cette immense différence, qui touche toutes les langues, tient, en partie, à la rupture entre les métiers des années récentes et ceux d'aujourd'hui. Petite Poucette et son ami ne s'évertueront plus aux mêmes travaux. La langue a changé, le labeur a muté.

L'INDIVIDU

Mieux encore, les voilà devenus tous deux des individus. Inventé par saint Paul, au début de notre ère, l'individu vient de naître ces jours-ci. De jadis jusqu'à naguère, nous vivions d'appartenances : français, catholiques, juifs, protestants, athées, gascons ou picards, femmes ou mâles, indigents ou fortunés… nous appartenions à des régions, des religions, des cultures, rurales ou urbaines, des équipes, des communes, un sexe, un patois, la Patrie. Par voyages, images, Toile et guerres abominables, ces collectifs ont à peu près tous explosé.

Ceux qui restent s'effilochent. L'individu ne sait plus vivre en couple, il divorce ; ne sait plus se tenir en classe, il bouge et bavarde ; ne prie plus en paroisse ; l'été dernier, nos footballeurs n'ont pas su faire équipe ; nos politiques savent-ils encore construire un parti plausible ou un gouvernement stable ? On dit partout mortes les idéologies ; ce sont les appartenances qu'elles recrutaient qui s'évanouissent.

Cet nouveau-né individu, voilà plutôt une bonne nouvelle. A balancer les inconvénients de ce que l'on appelle égoïsme par rapport aux crimes commis par et pour la libido d'appartenance – des centaines de millions de morts –, j'aime d'amour ces jeunes gens.

Cela dit, reste à inventer de nouveaux liens. En témoigne le recrutement de Facebook, quasi équipotent à la population du monde. Comme un atome sans valence, Petite Poucette est toute nue. Nous, adultes, n'avons inventé aucun lien social nouveau. L'entreprise généralisée du soupçon et de la critique contribua plutôt à les détruire.

Rarissimes dans l'histoire, ces transformations, que j'appelle hominescentes, créent, au milieu de notre temps et de nos groupes, une crevasse si large et si évidente que peu de regards l'ont mesurée à sa taille, comparable à celles visibles au néolithique, à l'aurore de la science grecque, au début de l'ère chrétienne, à la fin du Moyen Age et à la Renaissance.

Sur la lèvre aval de cette faille, voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l'enseignement, au sein de cadres datant d'un âge qu'ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classes, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même… cadres datant, dis-je, d'un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu'ils ne sont plus.

Trois questions, par exemple : que transmettre ? A qui le transmettre ? Comment le transmettre ?

QUE TRANSMETTRE ? LE SAVOIR !

Jadis et naguère, le savoir avait pour support le corps du savant, aède ou griot. Une bibliothèque vivante… voilà le corps enseignant du pédagogue. Peu à peu, le savoir s'objectiva : d'abord dans des rouleaux, sur des velins ou parchemins, support d'écriture ; puis, dès la Renaissance, dans les livres de papier, supports d'imprimerie ; enfin, aujourd'hui, sur la toile, support de messages et d'information. L'évolution historique du couple support-message est une bonne variable de la fonction d'enseignement. Du coup, la pédagogie changea au moins trois fois : avec l'écriture, les Grecs inventèrent la Paideia ; à la suite de l'imprimerie, les traités de pédagogie pullulèrent. Aujourd'hui ?

Je répète. Que transmettre ? Le savoir ? Le voilà, partout sur la Toile, disponible, objectivé. Le transmettre à tous ? Désormais, tout le savoir est accessible à tous. Comment le transmettre ? Voilà, c'est fait. Avec l'accès aux personnes, par le téléphone cellulaire, avec l'accès en tous lieux, par le GPS, l'accès au savoir est désormais ouvert. D'une certaine manière, il est toujours et partout déjà transmis.

Objectivé, certes, mais, de plus, distribué. Non concentré. Nous vivions dans un espace métrique, dis-je, référé à des centres, à des concentrations. Une école, une classe, un campus, un amphi, voilà des concentrations de personnes, étudiants et professeurs, de livres en bibliothèques, d'instruments dans les laboratoires… ce savoir, ces références, ces textes, ces dictionnaires… les voilà distribués partout et, en particulier, chez vous – même les observatoires ! mieux, en tous les lieux où vous vous déplacez ; de là étant, vous pouvez toucher vos collègues, vos élèves, où qu'ils passent ; ils vous répondent aisément. L'ancien espace des concentrations – celui-là même où je parle et où vous m'écoutez, que faisons-nous ici ? – se dilue, se répand ; nous vivons, je viens de le dire, dans un espace de voisinages immédiats, mais, de plus, distributif. Je pourrais vous parler de chez moi ou d'ailleurs, et vous m'entendriez ailleurs ou chez vous, que faisons-nous donc ici ?

Ne dites surtout pas que l'élève manque des fonctions cognitives qui permettent d'assimiler le savoir ainsi distribué, puisque, justement, ces fonctions se transforment avec le support et par lui. Par l'écriture et l'imprimerie, la mémoire, par exemple, muta au point que Montaigne voulut une tête bien faite plutôt qu'une tête bien pleine. Cette tête vient de muter encore une fois. De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l'invention et de la propagation de l'écriture ; de même qu'elle se transforma quand émergea l'imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. Et, je le répète, elles ne sont qu'une variable quelconque parmi la dizaine ou la vingtaine que j'ai citée ou pourrais énumérer.

Ce changement si décisif de l'enseignement – changement répercuté sur l'espace entier de la société mondiale et l'ensemble de ses institutions désuètes, changement qui ne touche pas, et de loin, l'enseignement seulement, mais aussi le travail, les entreprises, la santé, le droit et la politique, bref, l'ensemble de nos institutions – nous sentons en avoir un besoin urgent, mais nous en sommes encore loin.

Probablement, parce que ceux qui traînent, dans la transition entre les derniers états, n'ont pas encore pris leur retraite, alors qu'ils diligentent les réformes, selon des modèles depuis longtemps effacés. Enseignant pendant un demi-siècle sous à peu près toutes les latitudes du monde, où cette crevasse s'ouvre aussi largement que dans mon propre pays, j'ai subi, j'ai souffert ces réformes-là comme des emplâtres sur des jambes de bois, des rapetassages ; or les emplâtres endommagent le tibia, même artificiel : les rapetassages déchirent encore plus le tissu qu'ils cherchent à consolider.

Oui, depuis quelques décennies je vois que nous vivons une période comparable à l'aurore de la Paideia, après que les Grecs apprirent à écrire et démontrer ; semblable à la Renaissance qui vit naître l'impression et le règne du livre apparaître ; période incomparable pourtant, puisqu'en même temps que ces techniques mutent, le corps se métamorphose, changent la naissance et la mort, la souffrance et la guérison, les métiers, l'espace, l'habitat, l'être-au-monde.

ENVOI

Face à ces mutations, sans doute convient-il d'inventer d'inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites, nos médias, nos projets adaptés à la société du spectacle. Je vois nos institutions luire d'un éclat semblable à celui des constellations dont les astronomes nous apprirent qu'elles étaient mortes depuis longtemps déjà.

Pourquoi ces nouveautés ne sont-elles point advenues ? Je crains d'en accuser les philosophes, dont je suis, gens qui ont pour métier d'anticiper le savoir et les pratiques à venir, et qui ont, ce me semble, failli à leur tâche. Engagés dans la politique au jour le jour, ils n'entendirent pas venir le contemporain. Si j'avais eu à croquer le portrait des adultes, dont je suis, ce profil eût été moins flatteur.

Je voudrais avoir dix-huit ans, l'âge de Petite Poucette et de Petit Poucet, puisque tout est à refaire, puisque tout reste à inventer. Je souhaite que la vie me laisse assez de temps pour y travailler encore, en compagnie de ces Petits, auxquels j'ai voué ma vie, parce que je les ai toujours respectueusement aimés.

Texte également disponible (entre autre) sur sur le site de l'Institut de France.

Philosopher à Paris dans les années 30 : Kojève/Koyré

Colloque international organisé par l’EPHE (Gsrl UMR 8285) et l’ENS (Ciepfc/ Cirphles USR 3308 ENS/CNRS)  - 17 et 18 mars / 5 et 6 mai 2011

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Ce Colloque se propose d’étudier un moment crucial de la philosophie du XX° siècle, à partir d’un fait frappant :: l’importance décisive qu’eurent, dans les années 30 à Paris, deux séminaires tenus en parallèle à l’Ecole pratique des hautes études, par deux philosophes venus de Russie : Alexandre Koyré et Alexandre Kojève. Tout converge en effet dans ces salles de l’EPHE, au cœur des années 30 : deux oeuvres majeures et deux parcours singuliers, qu’on a trop vite fait de réduire à des images figées quoique déterminantes (« le monde clos et l’univers infini », pour l’un, « la dialectique du maître et de l’esclave chez Hegel » pour l’autre) ; des problèmes, des enjeux, des lectures, conjointement introduits par eux en France (la lecture de Hegel, la philosophie allemande contemporaine) ; une influence historique immense sur toute la philosophie du siècle (Sartre, Lacan, Merleau-Ponty, mais aussi Aron, Hyppolite, Ricoeur, et encore Corbin, Jankélévitch, Beaufret), au point qu’on a pu, parfois, en faire le commencement philosophique du XX° siècle en France. Il importe de revenir sur ces différents aspects tout à la fois méconnus, d’une grande importance historique et d’une grande actualité théorique. Ce programme international de recherches prendra place sur quatre journées au sein du GSRL de l’EPHE et du Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine de l’ENS (composante du Cirphles, USR 3308 du CNRS). On reviendra successivement sur le contexte commun aux deux séminaires (17 mars), sur l’œuvre de Kojève (18 mars), sur celle de Koyré (5 mai), enfin sur leur postérité croisée (6 mai). On mettra ainsi en évidence, autour de ces deux figures, un événement théorique qui fut l’une des sources de l’innovation majeure du siècle pour la philosophie « française » à travers l’introduction de la philosophie « allemande » – à laquelle on commença à associer les noms de Dilthey, Heidegger, Hegel, Husserl, Jaspers, Scheler, Kierkegaard, Nietzsche. On en soulignera aussi l’enjeu historique. Le renouvellement des années 30 en France, fut lié en effet à une série de « médiateurs » étrangers, liés à l’Allemagne par leur nationalité, par la langue, ou pour y avoir étudié (outre les deux Alexandre K, Bernard Groethuysen, Georges Gurvitch, Aron Gurwisch, Eric Weil, Emmanuel Levinas, par exemple), souvent extérieurs aux institutions académiques officielles et plutôt liés à d’autres centres de recherche – Ecole Pratique des Hautes Etudes, mais aussi Collège de France, Centre de synthèse –< avec des positions périphériques (souvent chargés de cours et de séminaires, ou aussi bibliothécaires).

> programme

Colloque international : Retrouver un sens nouveau : Rencontrer l’imprévisible

6 et 7 juillet 2011 - Université de Toulouse 2 – Le Mirail (salle du Château)

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Comité d’organisation : Flora Bastiani, Jean-Christophe Goddard et Svetlana Sholokhova.

Avec le soutien de : ERRAPHIS / Master Erasmus Mundus EuroPhilosophie / Commission Européenne / Université de Toulouse le Mirail / Université des Sciences humaines d’Etat de Russie / SIREL

Contact : colloque.toulouse.2011@gmail.com

Les nouvelles traductions

Le projet de traduction en langue russe de textes issus de la phénoménologie française du XXe siècle est proposé à l’initiative du Master Erasmus Mundus-EuroPhilosophie. A travers ce travail s’exprime la volonté de formaliser les échanges internationaux déjà à l’œuvre dans ce programme au cours duquel étudiants et professeurs du monde entier peuvent partager leurs approches de la philosophie.

L’enjeu de ce projet est la traduction en langue russe de recherches dont une des tendances communes est la problématisation et la radicalisation de la méthode phénoménologique. L’anthologie devrait réunir un choix de textes significatifs d’Emmanuel Levinas, Michel Henry, Jean-Luc Marion et Henry Maldiney. Le but est de présenter au lecteur russe la diversité des recherches phénoménologiques de la deuxième moitié du XXème siècle en France. Il est à noter que plusieurs ouvrages de Levinas sont parus en russe au cours des dernières décennies, ainsi que deux livres de J.-L. Marion en 2010. En revanche, aucun texte de M. Henry ni de H. Maldiney n’est traduit. Pourtant l’intérêt de la société philosophique en Russie pour les recherches françaises contemporaines s’accroît sans cesse : de nombreuses publications, ainsi que les conférences et les recherches internationales en témoignent.

Une signification particulière est donnée à la traduction russe des textes d’Emmanuel Levinas puisqu’il s’agit de sa langue natale. S’il a rédigé tous ses textes en français, son interprétation de la phénoménologie et son développement de l’éthique reposent en partie sur sa culture russe, comme le montrent les constants renvois aux grands textes de la littérature qui côtoient les références aux sources hébraïques. Ainsi la traduction de sa pensée en russe apparaît comme un retour dans cette même culture qui s’est trouvée à son origine. Le projet de collaboration franco-russe, bien plus qu’une simple promotion de la phénoménologie française à l’étranger, permet de relire ces textes dans leurs différentes dimensions culturelles et d’y trouver de nouvelles pistes pour la recherche. En engageant sa traduction, dans un échange où peuvent se réentendre l’accent et la scansion si particuliers de la parole de Levinas, la diffusion de la phénoménologie pourrait bien être dépassée par la réflexion elle-même. Ainsi ce projet de traduction appelle-t-il à une interrogation de la langue dans de nouveaux horizons.

La perspective de publication conjointe des traductions et des travaux des spécialistes russes et français développant les problèmes posés par la phénoménologie française permettra à ce projet de dépasser le cadre de l’histoire de la philosophie. La traduction et les échanges proposés dans le cadre du colloque ont pour but de se compléter : à travers le rapport avec le texte, de nouvelles perspectives de compréhension se dégageant et, réciproquement, les discussions révélant de nouvelles dimensions textuelles.

Le colloque

Les rencontres que nous proposons sur le thème « Retrouver un sens nouveau : rencontrer l’imprévisible », ont pour but d’ouvrir une réflexion sur le rapport à l’inconnu à partir des textes issus de la phénoménologie française, principalement de Levinas, Henry, Marion et Maldiney.

S’agit-il de rencontre ou de retrouvaille ? La relation avec l’extérieur se trouve au coeur de ce courant de la phénoménologie. Cette tension entre l’intériorité et l’extériorité est l’endroit d’une mise en question de l'épreuve de la subjectivité. Où situer la relation avec l’autre dans le processus de formation du sujet ? Où commence l’extériorité ? Dans quel sens la limitation du moi permet-t-elle la possibilité d’être excédé par l’autre ? Quelle est la place de l’affectivité dans la vie subjective et que signifie l’accent mis sur la passivité du sujet ?

Ces questions se posent dans toute leur radicalité chez Levinas, Henry, Marion et Maldiney : la rencontre avec autrui suscite la réflexion sur la position du sujet. Déplacer la problématique de la conscience, de l’intentionnalité et de la signification sur le plan de l’existence, sans réduire la vie du sujet à la pensée comprise comme intellection constitue leur point de départ commun. La question du surgissement d’un sens nouveau rejoint la mise en jeu de la dimension affective d’où la volonté de penser les tensions qui animent la possibilité d’accueillir ce qui diffère. Mais comment recevoir l’imprévisible ? Où chercher un sens nouveau ? Et comment penser l’inconnu ?

Avec l’intention de croiser les lectures de Levinas, Henry, Marion et Maldiney, ce colloque tend à reprendre les analyses phénoménologiques de l’altérité mais pour dépasser l’approche classique, en se penchant particulièrement sur la question du sens et sur le rapport entre vie subjective et vie sociale. La rencontre entre spécialistes de différents horizons pourrait permettre d’explorer des perspectives et des interprétations nouvelles. En même temps, c’est en revenant à la lecture des textes que des pistes de travail originales pourront être frayées.

Les discussions ouvertes lors de ce colloque serviront de départ au projet de traduction afin de constituer un ensemble de réflexions qui se répondent dans un dialogue vivant. Ce colloque tend à créer une dynamique de réflexion dans laquelle différentes approches s’entrecroisent : ces rencontres laisseront une part importante à la discussion pour permettre des échanges à la fois féconds et approfondis.

Géométrie non euclidienne des passions

par Pascal Sévérac – A propos de : David Rabouin, Vivre ici. Spinoza, éthique locale. PUF, 2010

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Devenir un spinoziste riemanien. Tel est l’étrange désir de David Rabouin, qui propose une lecture très inspirée, résolument novatrice et volontairement infidèle de la pensée spinoziste.

“ Spinoza a achevé en 1670 l’un des ouvrages les plus énigmatiques de l’histoire de la philosophie, l’Éthique, qui ne prétend rien moins que démontrer à la façon des géomètres comment conquérir son salut. À la façon des géomètres (more geometrico) signifie ceci : pour expliquer l’existence de Dieu, les rapports entre le corps et l’esprit, le fonctionnement de la vie affective, et les moyens de sortir de la servitude pour atteindre la béatitude, l’Éthique épouse le modèle de l’axiomatique euclidienne permettant, à partir de définitions et d’axiomes, la déduction de tout un réseau de propositions, accompagnées à l’occasion de corollaires, scolies et appendices. En somme, l’Éthique de Spinoza propose le tour de force de parler de Dieu, de l’homme et des sentiments qui composent la chair de son existence, par les voies de la géométrie la plus rigoureuse.

David Rabouin, spécialiste de philosophie et d’histoire des sciences, tenta d’abord – il le confie dans les premières pages – de parfaire l’axiomatique spinoziste, de parvenir au livre mathématico-philosophique par excellence, qui élèverait le concept philosophique au rang de science pure, et dure. Mais D. Rabouin a renoncé à une telle ambition, car il percevait au fond la véritable insuffisance du système spinoziste : non pas sa rigueur imparfaite, son formalisme à durcir, mais au contraire son trop-plein, son absolutisme intenable, sa position de « surplomb », à laquelle il ne croyait plus.” (…)

> lire la crique sur la vie des idées

Entretien avec Claude Romano : autour de “Au coeur de la raison, la phénoménologie”

par Thibaut Gress

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“ Claude Romano est un phénoménologue contemporain, proposant depuis plusieurs années une herméneutique événementiale. Dans Au coeur de la raison, la phénoménologie, il se propose de refonder le projet phénoménologie au regard de la tradition analytique. Les propos ont été recueillis par Thibaut Gress.

A : Questions de méthode

Actu-Philosophia : Au cœur de la raison [1] est un livre énorme qui paraît au milieu d’une grande actualité pour vous puisque parallèlement ont paru un cours sur la couleur [2] et trois essais sur le temps intitulés l’aventure temporelle [3] ; ce livre, Au cœur de la raison… de plus de mille pages, se présente en deux parties ; une première intitulée « Confrontations » où vous confrontez philosophie analytique et phénoménologie, et une seconde intitulée Transformations. Je commencerai par une question très matérielle : pourquoi avez-vous publié un seul volume au lieu de deux qui auraient pu, chacun, correspondre aux parties évoquées ? “ (…)

> lire sur le site actu-philosophia

L'empathie (colloque)

Colloque le Samedi 18 juin 2011 à Cerisy-La-Salle

Créée pour rendre compte de l’accès à l’esthétique ou à l’ineffable, la notion d’empathie suscite un intérêt renouvelé du fait des questions qu’elle pose au carrefour de la philosophie, des neurosciences, de la psychologie cognitive et de la psychanalyse.
Définie comme la capacité de se mettre à la place de l’autre, elle est devenue l’un des paradigmes du débat sur la place de l’esprit dans son rapport au corps, à l’interface de la philosophie et des neurosciences.
Au-delà de ces dimensions importantes, ce que l’empathie incarne, c’est l’ambiguïté même de la notion d’esprit. S’agit-il de l’esprit de la psychologie cognitive (celui qui intervient dans la reconnaissance de la différence et du commun entre soi et l’autre ; ce qu’on nomme la théorie de l’esprit pour désigner le mouvement cognitif qui nous permet d’attribuer des états mentaux à autrui) ou s’agit-il plutôt de celui de la psychanalyse (celui qui se caractérise surtout par la place qu’il donne à l’affect et aux fantasmes dans la construction de soi et de l’autre, et dans les relations entre eux).
L’empathie est ainsi impliquée dans les activités les plus élémentaires de l’humain, qui sont également celles qui le spécifient le plus radicalement dans ses composantes réflexives et relationnelles, ainsi que dans la satisfaction de son besoin narratif pour donner sens et faire histoire. Elle l’est aussi dans ce que l’homme produit de plus élaboré: la création "d’instruments" de transmission de l’émotion ou du sens, la mise en mot de l’émotion esthétique, l’art comme expérience unique et/ou comme manifestation de la communauté d’une culture ou d’une civilisation. L’empathie est également essentielle dans toutes les activités qui visent à la reconnaissance et au soulagement de la souffrance de l’autre, tant dans l’empathie miroir (celle qui vise essentiellement à reconnaitre chez l’autre une souffrance psychique qu’il ressent ou qu’il a parfois du mal à appréhender lui-même), que dans l’empathie "interprétative ou métaphorique" (celle qui vise surtout à donner sens narratif à ce que l’autre dit ou montre éventuellement à son insu, en tout ou parties).
C’est aussi l’empathie qui est en cause dans l’intime conviction du juge, l’empathie sociale qui fait communauté, celle qui permet la transmission des valeurs au sein d’un groupe ou d’une société, les formes que celles-ci donnent au "nous" ; enfin c’est elle aussi qui est mise en jeu dans ce qui vise à influencer les individus ou les collectifs qu’ils constituent, du marché au politique en passant par la séduction amoureuse.
Dans toutes ces emplois, l’empathie pose en tout cas une question commune: qu’est ce qui au juste se transmet entre le sujet empathique et celui avec lequel il emphatise? Et comment?
La découverte récente des neurones miroirs (1994), et les nombreux travaux qui se sont succédés ensuite, ont ouvert une nouvelle voie dans la recherche d’une explication au "fossé de la transmission" entre l’un et l’autre.
Créée pour rendre compte du plus ineffable, l’empathie offrirait-elle une nouvelle voie royale pour comprendre la complexité de l’humain à partir de l’exploitation cognitive et psychique de "ce qu’il y a là": la mécanique cérébrale et la neurophysiologie neuronale.

> programme provisoire

REPHA (revue étudiante de philosophie analytique) n°1 est en ligne

Le numéro en entier et en libre accès

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- Le numéro en entier et en libre accès,

- Les articles en libre accès,

- l’éditorial du numéro.

Communiqué :

“Le comité éditorial de REPHA est heureux d’annoncer que son appel à contribution est désormais permanent !

REPHA est une revue francophone de philosophie analytique, orientée vers les jeunes chercheurs et les étudiants avancés.

La revue respecte les standards académiques (le principe de sélection « double aveugle », des rapporteurs du comité de lecture compétents).

Les articles devront être introductifs, argumentatifs, clairs, concis et pertinents (nous souhaiterions particulièrement qu’ils traitent de la situation actuelle relative à chaque domaine). Les articles attendus ne doivent pas dépasser 14 000 signes (espaces comprises), soit environ 4-5 pages dans une configuration habituelle (A4, police 12), soit environ 2500 mots.
Nous acceptons les formats suivants : .doc., .rtf, .txt, .tex, .odt, .lyx mais non .pdf. Les articles seront présentés de façon anonyme à un comité de lecture. Nous prévoyons deux numéros par an mais cela dépendra avant tout de l’afflux des envois. Les personnes intéressées sont invitées à envoyer leurs articles (libres de droits) sous la forme électronique à l’adresse mail : postmaster@repha.fr

L’équipe REPHA

Le voyage est-il une expérience morale ?

Journée d’étude - Samedi 12 mars 2011 - Université Paris-Sorbonne – Dans le cadre du Groupe d’Étude des Moralistes (GEM), programme de recherche du Centre d'Étude de la Langue et de la Littérature Françaises des XVIIe et XVIIIe siècles.

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Aujourd’hui, on s’interroge sur la signification idéologique, voire morale, des grands voyages du passé. La réflexion critique sur l’histoire de la colonisation, de l’esclavage et sur l’impérialisme occidental a conduit à lire leurs relations comme des récits biaisés. De fait, si les voyageurs au long cours de l’Âge classique qui nous intéressent ici ont omis de satisfaire à nos exigences morales, ils ont découvert quelque chose, sans lui donner un nom : ce que nous appelons l’altérité et le relativisme moral des civilisations. Les grands voyageurs-relateurs ne voyageaient pas pour leur plaisir, c’était de rudes professionnels – marchands, hommes de sciences, missionnaires, etc. – qui avaient pour première ambition d’assurer le succès de leur entreprise : vendre, acheter ou convertir, cartographier et inventorier. Il n’y avait pas de morale en cela. Elle était par surcroît, quand l’occasion se présentait d’une halte, d’une réflexion sur un phénomène humain exotique. Si les relateurs n’en revenaient pas personnellement changés, ils en rapportaient des graines qui ne manqueraient pas de germer.

> programme

Revue "Implications Philosophiques" : dossier ""Actualité" de Hegel"

http://www.implications-philosophiques.org/

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Extrait de la présentation : "

“ La revue Implications Philosophiques offre, durant ces deux prochaines semaines, un espace à la présentation de certains aspects de la philosophie de Hegel. Entre le philosophe qui est, probablement, le représentant le plus connu de l’idéalisme allemand et l’orientation résolument contemporaine de la revue, le lien pourtant ne s’impose pas immédiatement. Cependant, si justification s’impose d’une telle entreprise, rappelons, d’une part, que, aux dires de Hegel lui-même, « Ce qui est bien connu est en général, pour cette raison qu’il est bien connu, non connu »1, et, à cet égard, sans doute ne peut-il être parfaitement inutile que certains aspects de sa pensée soit ici exposés. D’autre part, pour le dire de manière sans doute assez légère puisque cela mériterait à soi seul une longue explication, Hegel ne détermine-t-il pas la philosophie comme étant « son temps appréhendé en pensées »2 ? Or, toute mesure gardée, Implications philosophiques ne revendique-t-elle par pour elle-même, dans sa vocation, la participation à la réalisation d’une telle exigence ?”

Sommaire et calendrier de publication :

- Lundi 28 février : Introduction et présentation du dossier (E. Djordjevic)

- Mercredi 02 mars : Jean-François KERVÉGAN (Université Paris I – Panthéon-Sorbonne) : « Sortir du donné ? Quelques remarques autour d’une observation de Sellars »

- Vendredi 04 mars : Jean-Michel POUZIN (Troyes) : « Critique hégélienne de la logique formelle et logiques formelles contemporaines, ou : de l’actualité intempestive de la logique spéculative »

- Lundi 7 mars : Guillaume LEJEUNE (Université Libre de Bruxelles) : « Les dialectes de la dialectique. Prolégomènes à une lecture systématique du thème du langage chez Hegel »

- Mercredi 9 mars : Élodie DJORDJEVIC (Université Paris I – Panthéon-Sorbonne) : « Ni intentionnalisme, ni conséquentialisme : remarques sur la détermination et les raisons des limites du point de vue moral dans la conception hégélienne de l’évaluation de l’action »

- Vendredi 11 mars : Gilles MARMASSE (Université Paris IV-Sorbonne) : « Le grand homme et ses passions »

Le parasite en art et en politique

Séminaire le Mardi 1er mars, de 10h à 13hà la MSH PARIS NORD - salle C

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séminaire de master
"Le parasite en art et en politique"

• Responsables : Suzanne Liandrat-Guigues, Alain Brossat et Jean-Louis Déotte

• Invités : Miguel Egaña Parasitisme et transmission
Françoise Michel-Jones L'acarien, un animal post-moderne

Miguel Egaña, artiste, professeur des universités en arts plastiques à la faculté des Arts (UPJV d'Amiens); vient de publier : Quoi de nouveau sur l'origine ? (dir.), La lettre volée, Bruxelles, 2010 ; a participé à l'exposition Dreamlands (Centre Georges Pompidou, été 2010).

Son intervention portera sur la problématique parasitisme/transmission pensée dans le cadre de la relation maître/élève.
Rapportée au champ de la modernité artistique, que devient-elle? Quelle métamorphose subit-elle en regard des filiations traditionnelles? Plus précisément, Qu'est-ce qui peut faire l'objet de la transmission (assimilée ici à un parasitage accepté) dans cet espace particulièrement critique? Deux exemples : Rauschenberg/Beuys seront convoqués pour servir de support à cette interrogation.

Françoise Michel-Jones, anthropologue-philosophe (Collège de France)

• "Le parasite en art et en politique" : si l'on croit encore à la possibilité de l'évènement en art comme en politique ou dans les sciences humaines, alors il faut parasiter. Parasiter, c’est ruser, car il s'agit bien d'une ruse qui consiste à donner le change. On fait mine d'accepter le cadre. Il n'est pas question de grands gestes de refus. Il ne s'agit pas de subversion. Comme le rappelle M. Serres dans Le Parasite (1997), le code génétique du parasite biologique devient compatible avec celui de l'organisme-hôte. Sinon les anti-corps de l'hôte veillent, et c'est la destruction. Cette association peut perdurer parce qu'elle est profitable aux deux organismes : c'est la formule du clientélisme romain. L'un trouve protection et nourriture, l'autre la reconnaissance sociale et politique. L'évènement dans l’évolution surgit quand l'organisme-hôte s'adapte à son tour au code génétique du parasite et que surgit une structure totalement inattendue.

> présentation du séminaire

Le mot et le monde : Jeux de langue comme reflets de la complexité du monde dans les textes épistémologiques de l’Inde classique.

“Cas du Soleil du Lotus des connaissables de Prabhâcandra, 10e-11e s”. – Intervention de Marie-Hélène Gorisse dans le cadre du séminaire "Ecritures scientifiques" à Lille 3, le mercredi 2 mars à 17h, à l'Université de Lille 3, UFR de Philosophie, salle A3 326.

Argument

Dans son Prameya-kamala-mârtanda (PKM), le Soleil [qui fait pousser] le Lotus des Objets de la Connaissance, le jaïn Prabhâcandra (980-1065) consacre la fin de son ouvrage à l’étude du patra.
Le patra est un mode de présentation dans le discours de l’acquisition d’une connaissance par inférence. Cette inférence concerne différents types de connaissance, du célèbre ‘il y a du feu sur la montagne, car il y a de la fumée’ à des connaissances doctrinales de type ‘l’univers est ce qui a les trois natures de naissance, de maintien et de destruction, car c’est un objet de connaissance’. Le patra a la spécificité d’exposer une inférence en deux à cinq parties (thèse, raison logique, exemple, application, conclusion) qui sont présentées sous forme cryptique.
Nous en verrons des exemples. Le patra a par conséquent un double statut : c’est à la fois un des moyens que nous avons à notre disposition pour faire la publicité d’une connaissance et à la fois un outil pour cacher un contenu.
Nous nous proposons premièrement de dresser une liste des différents procédés de cryptage utilisés par Prabhâcandra dans son PKM. Notamment le recours à l'étymologie sémantique (nirukta), qui a pour objectif de décomposer une expression non pas en ses racines historiques, mais en des racines qui expriment la nature et la fonction de la notion en jeu ; ou encore la référence à des amorces de citations d’autres ouvrages, comme indicateur d’une filiation des idées. Dans un second temps, l’analyse de ces différents procédés va nous amener à considérer la possibilité de réconcilier les deux rôles antagonistes de communication et d’occultation en comprenant le besoin d’occulter le sens immédiat comme une façon de laisser s’exprimer une multiplicité d’autres sens, qui sans cela seraient restés inconnus. Enfin, à partir de ce travail et en ayant à l’esprit que la thèse principale des jaïns est celle selon laquelle ‘l’objet de connaissance a une nature multiple’, nous pourrons comprendre les procédés stylistiques étudiés comme les instruments d’un gain de connaissance et d’une validation des thèses jaïnes sur la multiplicité.
Au cours de cette présentation, nous évoquerons également le statut du patra, parent du mantra, comme ce dont la pratique se situe à la frontière entre pratique scientifique et pratique religieuse.