L'empathie (colloque)

Colloque le Samedi 18 juin 2011 à Cerisy-La-Salle

Créée pour rendre compte de l’accès à l’esthétique ou à l’ineffable, la notion d’empathie suscite un intérêt renouvelé du fait des questions qu’elle pose au carrefour de la philosophie, des neurosciences, de la psychologie cognitive et de la psychanalyse.
Définie comme la capacité de se mettre à la place de l’autre, elle est devenue l’un des paradigmes du débat sur la place de l’esprit dans son rapport au corps, à l’interface de la philosophie et des neurosciences.
Au-delà de ces dimensions importantes, ce que l’empathie incarne, c’est l’ambiguïté même de la notion d’esprit. S’agit-il de l’esprit de la psychologie cognitive (celui qui intervient dans la reconnaissance de la différence et du commun entre soi et l’autre ; ce qu’on nomme la théorie de l’esprit pour désigner le mouvement cognitif qui nous permet d’attribuer des états mentaux à autrui) ou s’agit-il plutôt de celui de la psychanalyse (celui qui se caractérise surtout par la place qu’il donne à l’affect et aux fantasmes dans la construction de soi et de l’autre, et dans les relations entre eux).
L’empathie est ainsi impliquée dans les activités les plus élémentaires de l’humain, qui sont également celles qui le spécifient le plus radicalement dans ses composantes réflexives et relationnelles, ainsi que dans la satisfaction de son besoin narratif pour donner sens et faire histoire. Elle l’est aussi dans ce que l’homme produit de plus élaboré: la création "d’instruments" de transmission de l’émotion ou du sens, la mise en mot de l’émotion esthétique, l’art comme expérience unique et/ou comme manifestation de la communauté d’une culture ou d’une civilisation. L’empathie est également essentielle dans toutes les activités qui visent à la reconnaissance et au soulagement de la souffrance de l’autre, tant dans l’empathie miroir (celle qui vise essentiellement à reconnaitre chez l’autre une souffrance psychique qu’il ressent ou qu’il a parfois du mal à appréhender lui-même), que dans l’empathie "interprétative ou métaphorique" (celle qui vise surtout à donner sens narratif à ce que l’autre dit ou montre éventuellement à son insu, en tout ou parties).
C’est aussi l’empathie qui est en cause dans l’intime conviction du juge, l’empathie sociale qui fait communauté, celle qui permet la transmission des valeurs au sein d’un groupe ou d’une société, les formes que celles-ci donnent au "nous" ; enfin c’est elle aussi qui est mise en jeu dans ce qui vise à influencer les individus ou les collectifs qu’ils constituent, du marché au politique en passant par la séduction amoureuse.
Dans toutes ces emplois, l’empathie pose en tout cas une question commune: qu’est ce qui au juste se transmet entre le sujet empathique et celui avec lequel il emphatise? Et comment?
La découverte récente des neurones miroirs (1994), et les nombreux travaux qui se sont succédés ensuite, ont ouvert une nouvelle voie dans la recherche d’une explication au "fossé de la transmission" entre l’un et l’autre.
Créée pour rendre compte du plus ineffable, l’empathie offrirait-elle une nouvelle voie royale pour comprendre la complexité de l’humain à partir de l’exploitation cognitive et psychique de "ce qu’il y a là": la mécanique cérébrale et la neurophysiologie neuronale.

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