Géométrie non euclidienne des passions

par Pascal Sévérac – A propos de : David Rabouin, Vivre ici. Spinoza, éthique locale. PUF, 2010

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Devenir un spinoziste riemanien. Tel est l’étrange désir de David Rabouin, qui propose une lecture très inspirée, résolument novatrice et volontairement infidèle de la pensée spinoziste.

“ Spinoza a achevé en 1670 l’un des ouvrages les plus énigmatiques de l’histoire de la philosophie, l’Éthique, qui ne prétend rien moins que démontrer à la façon des géomètres comment conquérir son salut. À la façon des géomètres (more geometrico) signifie ceci : pour expliquer l’existence de Dieu, les rapports entre le corps et l’esprit, le fonctionnement de la vie affective, et les moyens de sortir de la servitude pour atteindre la béatitude, l’Éthique épouse le modèle de l’axiomatique euclidienne permettant, à partir de définitions et d’axiomes, la déduction de tout un réseau de propositions, accompagnées à l’occasion de corollaires, scolies et appendices. En somme, l’Éthique de Spinoza propose le tour de force de parler de Dieu, de l’homme et des sentiments qui composent la chair de son existence, par les voies de la géométrie la plus rigoureuse.

David Rabouin, spécialiste de philosophie et d’histoire des sciences, tenta d’abord – il le confie dans les premières pages – de parfaire l’axiomatique spinoziste, de parvenir au livre mathématico-philosophique par excellence, qui élèverait le concept philosophique au rang de science pure, et dure. Mais D. Rabouin a renoncé à une telle ambition, car il percevait au fond la véritable insuffisance du système spinoziste : non pas sa rigueur imparfaite, son formalisme à durcir, mais au contraire son trop-plein, son absolutisme intenable, sa position de « surplomb », à laquelle il ne croyait plus.” (…)

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