Organisé par Martine de Gaudemar et Thierry Hoquet.
Pour sa quatrième année, l’atelier de lecture du département de philosophie de Paris Ouest Nanterre sera consacré au thème des « Singularités ».
Occasion d’aller voir du côté des singularités héroïques, qu’elles soient reconnues comme telles ou qu’elles fassent entendre la proclamation ou la prétention d'un individu qu’il est singulier et unique. Mais aussi occasion de nous pencher sur ces singularités qui ne sont pas des personnes : ces traits différentiels, comme un grain de beauté, un style de démarche ou une manière de tenir sa cigarette ou de sourire.
Dite d’une personne, la singularité doit être distinguée de l’individualité et de la particularité. Alors que l’individu peut être compris au pluriel, anonyme dans une foule d’autres individus (il est le collectif atomisé), la singularité se détache et se dégage comme le règne du sans-pareil. La singularité d’une personne ne va pas alors sans une certaine dose de solitude. Alors que l’individualité est partagée par tous les individus qui composent un collectif ou une société, la singularité semble impliquer un certain isolement, une souveraineté qui la sépare du reste du groupe. Elle ne se comprend pas par rapport à la généralité, mais en regard d’une pluralité d’où elle émerge. Peut-on parler, sans oxymore, de singularités « ordinaires » ? La singularité est particulière en tant qu’elle incarne un destin individuel, mais elle n’est pas une simple instance d’une règle générale.
Approchées au niveau pré-personnel, les singularités concernent des parties de personne (une brillance sur le nez ?) ou des aspects du monde, un sommet alpin, une concrétion de relations, des bouts de rocher comme chez Whitehead ou des morceaux de corail comme chez Leibniz.
La singularité, par sa proximité avec une individualité, pose aussi la question classique du nominalisme : s’il n’est de connaissance que du général, y a-t-il une connaissance des singularités ? Peut-on construire un concept de singularité, ou doit-on se borner à en inventorier ou à en décrire les incarnations ? Peut-on exhiber des singularités ou seulement qualifier des êtres de « singuliers » ?
On se demandera ce qui nous retient dans les singularités : sont-elles l’incarnation d’un idéal ou d’un type ? Qu’ont-elles de plus qu’une simple « instance » d’une loi ou d’une règle ?
L’atelier s’intéressera à la tension de l’universel et du singulier, mais aussi aux modes particuliers d’incarnation des singularités.
Programme 2009-2010
- Mardi 13 octobre 2009 – Salle L 206
La singularité dans l’art
Séance animée par Denis Bonnay
Lecture : Nelson Goodman.
- Mardi 10 novembre 2009 – Salle L 206
Le Singulier et l'Original : les modèles de la singularité chez Gilles Deleuze
Séance animée par Elie During
Lecture : Gilles Deleuze
- Mardi 15 décembre 2009 – Salle L 206
Singularités et anti-abstractionnisme : les voies du sujet selon Wittgenstein
Séance animée par Élise Marrou
Lecture : Ludwig Wittgenstein, Recherches philosophiques.
- Mardi 5 janvier 2010 – Salle L 206
La singularité à l’épreuve de l’essai
Séance animée par Philippe Hamou
Lectures : Montaigne, Bacon
- Mardi 23 mars 2010 – Salle L 420
Personnages cinématographiques : entre singularité et individualité typique
Séance animée par Martine de Gaudemar
Lectures : Stanley Cavell, La projection du monde, ch. II à V ; Slavoj Zizek, Lacrimae rerum, Essais sur Kieslowski, Hitchcock, Tarkovski, Lynch et quelques autres, 2005.
- Mardi 1er juin 2010 – Salle L 420
Singularités logiques et objets arbitraires
Séance animée par Brice Halimi
Lecture : Kit Fine, « A Defense of Arbitrary Objects », 1983.
Thierry Hoquet
Maître de Conférences Habilité à diriger les recherches
Département de philosophie
Université de Paris Ouest Nanterre La Défense
Page personnelle: http://www.u-paris10.fr/01152199/0/fiche_E__pagelibre/



