ASPLF - Association des Sociétés philosophiques de langue française

Prochain congrès à Venise sur l’”Action” du mardi 17 au samedi 21 août 2010.

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Argumentaire du Congrès de Venise

L’Action  Penser la vie – ‘agir’ la pensée

« Au commencement était l’action. » Telle est l’interprétation que Goethe a choisie et qu’il met dans la bouche de Faust, parmi les diverses hypothèses de traduction du Prologue de l’Évangile de Jean. Il désignait par là une responsabilité historique : en ce monde imparfait, la tâche de l’homme est de travailler sans relâche et de toutes ses forces à le transformer pour qu’il puisse y vivre libre, dans la paix et le bonheur. Seule est sublime l’action qui a pour fin le bien de l’humanité.

Selon des voies différentes, l’invite sera reprise au XIXe siècle, qu’il s’agisse d’Auguste Comte pour qui chaque forme de savoir doit s’orienter progressivement vers la positivité d’une science capable de trouver des solutions rationnelles aux besoins des individus et de la société, ou de Karl Marx : « Les philosophes ont jusqu’ici diversement interprété le monde. Il s’agit maintenant de le transformer. » Tout savoir de type contemplatif doit être démystifié dans la mesure où il ne fait que traduire les privilèges de la classe dominante. L’antique opposition entre théorie et praxis se trouve ainsi renversée : la fin suprême qu’était la contemplation pour Platon, si fortement distinguée des activités pratiques, perd tout privilège et vient se ramener à l’expression des inégalités sociales. Longtemps, cette conception a dominé le panorama philosophique européen et mondial, reléguant la philosophie au statut de reflet des réalités économiques et sociales.

Toutefois, n’est-il pas possible de penser autrement les rapports entre théorie et pratique et d’évoquer ce symbole ancien qui donne encore à penser, celui des deux colombes qui boivent à la même fontaine, telles qu’elles apparaissent dans une mosaïque de Ravenne ? Elles suggèrent que vie contemplative et vie active puisent à la même source. Après que les maîtres du soupçon ont tenté de montrer les racines de l’activité humaine dans les contradictions de la dialectique historique, dans la profondeur de l’inconscient ou dans la volonté de puissance, revient aujourd’hui la question : l’activité théorétique n’est-elle pas elle-même action au sens le plus fort du terme, comme le pensaient les Anciens ? Ne requiert-elle pas elle aussi un dur et patient travail ? L’idée s’impose aussi que le vrai sens de l’action consiste autant dans la réalisation de soi que dans la réalisation de l’œuvre : « faire et en faisant se faire ».

Dans cette double tâche, la pensée herméneutique a mis en lumière la liberté et la responsabilité de l’interprète qui donne un sens aux diverses activités humaines. Le philosophe devient alors, selon l’expression de Husserl, « fonctionnaire de l’humanité ». Aux philosophes il appartient alors d’expliciter le concept de l’action selon les exigences théoriques de leur discipline, mais en prenant en compte les activités humaines dans toute leur diversité et leur extension.

L’ASPLF, de par son histoire et ses initiatives philosophiques, ne saurait demeurer indifférente aux questions majeures de ce temps. Une réflexion sur l’action s’imposait donc, si bien que son prochain Congrès de Venise constituera un symbole fort : Venise, en effet, est un lieu de rencontre entres cultures différentes, où convergent l’expérience historique de l’Europe centrale et les traditions de la Méditerranée, où se sont également mêlés le monde occidental et le monde oriental, où se sont brillamment développés les rapports avec l’Extrême-Orient. Cette cité s’avance sur la mer, non plus comme un refuge contre les invasions barbares, mais comme le signe du rayonnement solaire de l’intelligence. On pourra ainsi dire à Venise, sous les auspices de l’ASPLF et selon la parole de Goethe : « De l’homme authentique l’action sera la fête. »

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