vendredi 10 octobre 2008

Radio : De Gaulle était-il un vrai républicain ?

Emission Du grain à moudre du vendredi 10 octobre 2008



L’image du gaullisme se ressentira jusqu’au bout des conditions ambiguës dans lesquelles se fit le retour au pouvoir du général de Gaulle en mai 1958. D’un côté, ses réseaux soufflaient sur les braises de l’Algérie française en révolte ouverte contre le gouvernement légal de la République. De l’autre, l’homme du 18 juin 40 prend soin, en proposant son autorité pour remplir le vide du pouvoir, de se placer sous le signe du « processus régulier nécessaire à l’établissement d’un gouvernement républicain ». Et il veille, en effet, à respecter toutes les formes lorsque les députés, dont il n’a cessé de dénoncer les divisions néfastes et le pouvoir exagéré, l’investissent le 1° juin à une confortable majorité. Le 28 septembre, les électeurs ratifient massivement la Constitution que de Gaulle leur propose. Un nouveau régime est né. Une République nouvelle. Malgré des modifications importantes, cette Constitution est encore la nôtre aujourd’hui. Aussi de Gaulle incarne la figure du législateur qui, tel Lycurgue ou Numa, donne à un peuple des institutions qui lui survivent parce qu’elles conviennent à ce peuple particulier. Mais durant toute sa vie de président de la République, il demeura sous le coup d’une accusation de bonapartisme. Et c’est vrai : l’homme qui réconcilia enfin les deux France en fondant une « monarchie républicaine » d’une stabilité peu commune, nous arriva sous les traits redoutables de l’homme providentiel en uniforme. Un personnage dont les précédents – Boulanger, Pétain – nous avaient appris à nous méfier. En outre, comme nos deux empereurs, il se proclamait volontiers au-dessus des partis, en union mystique avec l’esprit de la nation, puisant sa légitimité directement dans le peuple, par-dessus représentants et corps constitués. Et son pouvoir fut, à l’aune des critères qui sont aujourd’hui les nôtres, indiscutablement autoritaire.
Mais l’étonnant dans la vie politique posthume du Général, c’est le quasi-consensus qui s’est progressivement formé autour de sa mémoire. Comme il est loin le temps où, avec Mitterrand, la gauche dénonçait le « coup d’Etat permanent ». Réhabilité par Régis Debray en 1990 (« A demain de gaulle »), par Maurice Agulhon dix ans plus tard (« De Gaulle : histoire, symbole, mythe »), le Général est à présent encensé par tout le camp républicain – droite et gauche mêlée. Une belle revanche pour celui qui avait répondu à ceux qui lui demandaient, en août 1944, de proclamer la restauration de la République que c’était inutile, puisqu’elle n’avait jamais cessé d’être – même en exil, à Londres, avec lui.

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